Stratégies de recherche : distinguer le document et l'article

Source: REVUE DU PRATICIEN MEDECINE GENERALE
Auteur: Philippe Eveillard
Article paru le : Mardi 13 Mars 2006


Pour parvenir au but (aux réponses adéquates), deux types de parcours sont empruntés. Le premier passe par les outils de recherche, le second par les sites de référence (portails ou autres).

Ces derniers mois, l´arrivée de Google Scholar et la disparition partielle de la Toile invisible ont modifié le paysage de la recherche sur la Toile. En conséquence, il paraît difficile aujourd´hui de gérer de la même façon la recherche d´un document et celle d´un article. Explications et stratégies.


Documents et articles

Les documents et les articles s´opposent point par point.

Les documents sont :
– de nature variée (texte, image, vidéo, audio…) ;
– hébergés en grande partie sur la Toile visible (seuls les documents appartenant aux sites à accès « réservé » sont invisibles aux yeux des moteurs de recherche de type Google) ;
– évolutifs et, de ce fait, ils n´ont de valeur que s´ils sont datés ;
– destinés à l´information (actualités, services…) et à la formation (mises au point, cours en ligne…).

Les articles sont :
– présentés sous forme de texte ;
– hébergés chez les éditeurs et les concentrateurs (de type Science Direct ou High Wire Press) ; leur visibilité en texte intégral dépend de l´attitude de l´éditeur vis-à-vis du mouvement de l´Open Access ;
– archivés dans les banques de données bibliographiques et, de ce fait, référencés et non évolutifs ;
– destinés à la bibliographie (en vue d´une thèse, de la publication d´un article, d´une démarche evidence-based…).
Avant de vous engager dans une recherche sur la Toile, vous devez vous poser la question : qu´est-ce que je cherche ? Un document de la Toile ou un article de la presse médicale ?


Quatre situations caricaturales

Les stratégies de recherche sont déterminées en fonction de 2 critères : la nature (document ou article) et le contexte de votre requête.
Dans la majorité des cas, votre requête porte sur un sujet médical dont vous devez cerner au plus près les contours. S´agit-il d´un thème général (la néphropathie diabétique ; le dépistage du cancer colorectal) ou, à l´inverse d´un sujet très précis (les causes de fièvre prolongée au-delà de 5 mois ; le traitement non chirurgical du canal lombaire étroit).
Parfois, vous n´avez nul besoin de formuler votre requête, car vous connaissez le titre exact du document, du site ou de l´article que vous cherchez.
Enfin, il est de moins en moins rare que votre (bonne) connaissance de la Toile vous incite à vous rendre directement sur le site où vous savez que vous avez les plus grandes chances de trouver ce que vous cherchez.

Vous connaissez l´intitulé exact de ce que vous cherchez
La « famille » Google est imbattable quand vous connaissez l´intitulé exact (ou même seulement une partie de l´intitulé exact) du document ou de l´article que vous cherchez.
S´il s´agit d´un document (ou d´un site), Google se positionne en superstar. Que ce soit la recherche du site du Conseil de l´Ordre (CNOM) ou celle de la dernière recommandation de l´HAS (Prévention et traitement de la douleur postopératoire en chirurgie buccale), l´entrée de l´intitulé dans la fenêtre d´interrogation de Google affiche le lien « en haut de l´affiche » dès la première page.
Pour les articles, Google Scholar n´a pas encore atteint le rang de superstar, mais ne désespère pas d´y arriver. Il faut pour cela qu´il arrive à convaincre de sa bonne foi la grande majorité des éditeurs et qu´il se montre plus performant dans l´actualisation de ses données. En attendant, il a fait de gros progrès ces derniers mois, notamment dans la gestion du contenu de PubMed/MEDLINE.

Note: Google Scholar a la fâcheuse habitude de classer ses articles en affichant d´abord ceux qui sont cités par d´autres articles. Les articles les plus récents n´ont pas cette chance et se retrouvent régulièrement loin derrière les autres.
Exemple avec un article du 18/02/2006 du BMJ (Pregnancy and congenital heart diseases). Cet article ne figure pas dans Google Scholar et les premiers articles affichés en réponse à cette requête ont plus de 10 ans d´âge.


Les stratégies

Votre requête porte sur un sujet médical général

Si c´est un document de la Toile que vous cherchez, CISMeF est d´emblée la bonne adresse. Sur un sujet médical général, vous avez 90 % de chances de trouver votre bonheur avec un ou plusieurs documents garantis « haut de gamme ». Sur CISMeF, en effet, vous « allez à la pêche » sur les sites institutionnels, universitaires et sur ceux des sociétés savantes.
Pour les 10 % d´échecs, vous devez solliciter Google, en évitant de faire trop de bruit. Sur un sujet général, le risque est grand de vous retrouver noyé sous un raz-de-marée de liens. Le plus sûr moyen d´éviter la noyade est de faire appel à la recherche avancée de Google et de limiter votre recherche au titre du document.
Exemple avec la néphropathie diabétique. La recherche classique dans Google affiche 614 liens. La recherche « avancée » (dans le titre du document) ne rassemble que 44 liens (interrogation faite le 4 mars 2006 – pages France).
Pour les articles traitant d´un sujet médical général, la bonne idée est d´interroger le fonds documentaire de l´Inist. Par rapport à PubMed/MEDLINE, il a un avantage considérable : il parle français. Et sur un sujet général, le risque qu´il soit muet est faible (26 notices bibliographiques sur le dépistage du cancer colorectal au cours des 3 dernières années).
Les inconditionnels de PubMed/MEDLINE peuvent aller directement sur leur interface préférée. Dans le contexte d´un sujet médical général, le conseil qu´on peut leur donner est d´ajouter review [pt] à leur équation de recherche.

Votre requête porte sur un sujet médical précis

Pour votre recherche « documentaire », vous devez inverser l´ordre que vous aviez choisi pour un sujet général. C´est donc Google (recherche simple) que vous interrogez en priorité en formulant une requête privilégiant les expressions médicales (afin de faire le moins de bruit possible).
Exemple avec l´équation « traitement médical » « canal lombaire étroit ». Parmi les 10 premiers liens, 8 proviennent des universités ou des sociétés savantes (interrogation faite le 4 mars 2006).
En 2e intention, si vous n´avez pas obtenu satisfaction avec Google, vous pouvez tenter votre chance sur CISMeF. Dans le contexte d´un sujet médical précis, vous devez faire votre requête dans le module de recherche booléenne où vous pourrez tout à loisir passer du champ « mot clé » au champ « plein texte » pour éviter le « silence ».
La recherche d´un article conduit à interroger MEDLINE en priorité, en sachant moduler la requête dans le sens de la sensibilité ou de la précision. Si vous maîtrisez mieux article@inist que PubMed, vous pouvez interroger le fonds documentaire de l´Inist sous réserve de le faire aussi en anglais si la banque de données est « silencieuse » en français.

Vous supposez connaître la localisation de ce que vous cherchez

Le document est sur un site de la Toile et l´article est chez un éditeur et vous pensez faire des économies de clics en allant directement chez l´hébergeur. Vous avez souvent raison.
Seul problème : une fois arrivé sur le site ou chez l´éditeur, vous devez aller jusqu´au document ou jusqu´à l´article, ce qui n´est pas toujours évident, sauf si vous connaissez parfaitement les espaces que vous explorez. Vous êtes donc parfois plus efficace en sollicitant un outil de recherche (CISMeF ou Google) ou une interface d´interrogation (comme PubMed ou article@inist) pour arriver à vos fins (même si vous savez où se trouve ce que vous cherchez).

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