Source: REVUE DU PRATICIEN MEDECINE GENERALE
Auteur: Philippe Eveillard
Article paru le : 30 Janvier 2006
Le « camembert » figurant à la première page de l´article « Searching for the Right Search. Reaching the Medical Literature (1)» a fait forte impression. Il révèle que la majorité des requêtes aboutissant aux sites des journaux médicaux proviennent de Google. Le fan club médical du moteur de recherche ne s´est pas privé de souligner l´intérêt de cette publication, d´autant plus que, quelques semaines auparavant, un autre article (« How Google is changing medicine (2)») les avait confortés dans leurs certitudes.
Retour sur ces 2 articles et tentative d´explication de la popularité de Google dans l´exploration de la presse médicale internationale.
« How Google is changing medicine » est un éditorial de Dean Giustini paru dans le dernier numéro de l´année 2005 du British Medical Journal (BMJ). Le bibliothécaire de Vancouver (University of British Columbia) y rappelle que Google a gagné la bataille des moteurs de recherche et que Google Scholar progresse à pas de géant dans son sillage. Preuve à l´appui : en novembre 2005, les visiteurs du BMJ étaient plus de 300 000 en provenance de Google, ils étaient plus de 100 000 à être passés par Google Scholar et seulement 14 000 par PubMed.
Le 2e article (celui du camembert) est une « perspective » du New England Journal of Medicine (NEJM) publiée dans le premier numéro de l´année 2006. On y trouve des données statistiques sur la provenance des visites effectuées en juin 2005 sur les sites des journaux hébergés par HighWire Press. Google se taille la part du lion avec 56 % du « marché » alors que les parts de PubMed et de Google Scholar sont loin derrière (respectivement : 8,7 % et 3, 7 %).
Quelle signification peuvent avoir ces données montrant que, plus d´une fois sur deux (56 % dans l´article du NEJM, 57 % dans celui du BMJ) l´accès aux sites des journaux médicaux se fait par un intermédiaire qui n´est pas une banque de données bibliographiques, mais un moteur de recherche.
En réalité, faute d´avoir pris en compte le contexte des requêtes, les dés sont pipés. Ce n´est pas le même type d´outils que vous sollicitez si vous connaissez le titre du document recherché ou si vous n´en connaissez que le thème.
La sollicitation de l´outil le plus simple d´utilisation est envisagée dans un grand nombre de situations, notamment quand vous avez obtenu les références d´un article, que ce soit en parcourant une bibliographie, au décours d´un séminaire de formation ou de la part d´un confrère. Dans ces situations, vous connaissez le titre de l´article et celui de la revue dans laquelle il est publié. Vous allez sur le site de la revue pour prendre connaissance de l´article (tout au moins de son résumé s´il est en accès « réservé »). Comme vous ne pouvez pas maîtriser les adresses des milliers de journaux de la presse médicale internationale, vous passez par votre intermédiaire préféré, celui qui est le plus simple d´emploi : Google.
À l´inverse, si vous entreprenez une recherche bibliographique sur un thème précis dans le contexte d´une publication, d´une thèse ou plus simplement de votre participation à un groupe de pairs, la sollicitation d´une interface de banque de données bibliographiques est la démarche la plus cohérente.
Le « triomphe » de Google s´explique-t-il par le fait que les situations où le praticien connaît le titre de ce qu´il cherche sont plus fréquentes que celles où il définit le thème de sa requête ? Nul ne peut le dire. En revanche, il est certain que les internautes qui n´appartiennent pas aux professions de santé préféreront solliciter Google dans tous les cas, que leur recherche se fasse à partir d´un titre ou d´un mot clé. Et, aujourd´hui, ce sont eux qui forment le gros de la troupe des visiteurs des sites de la presse médicale (ouverts à tous dans leur grande majorité).
Comment, alors, ne pas interpréter les statistiques fournies par le BMJ et HighWire Press non pas comme une preuve de l´efficacité de Google, mais comme un témoignage de sa simplicité d´emploi et de son utilisation par le plus grand nombre ?
Trois exemples montrent mieux qu´un long discours les atouts de Google, de Google Scholar et de PubMed/MEDLINE.
Google et la simplicité
Vous recherchez un article dont vous connaissez le titre (Physicians answer more clinical questions and change clinical decisions more often with synthesized evidence : a randomized trial in primary care) et la revue dans laquelle il est publié (Annals of Family Medicine).
En un seul clic de souris, Google affiche l´article :
– entrée des 3 premiers mots du titre entre guillemets (« Physicians answer more ») dans la fenêtre d´interrogation de Google ;
– clic de souris sur « j´ai de la chance ».
Pour obtenir l´affichage à l´écran du même article, PubMed/MEDLINE impose 4 clics de souris :
– clic de souris sur « Single Citation Matcher » ;
– entrée de « Annals of Family Medicine » dans la fenêtre « journal » ;
– entrée des 3 premiers mots du titre dans la fenêtre « Title Words » ;
– clic de souris sur « Go » ;
– clic de souris sur le nom des auteurs ;
– clic de souris sur le logo « free full text article at www.annfammed.org ».
PubMed et l´adéquation
Vous cherchez des informations sur le traitement non chirurgical du canal lombaire étroit (une des questions posées par les médecins généralistes dans l´article « Answering Family Physician´s Clinical Questions Using electronic Medical Databases3 ».
Dans Google, l´équation de recherche s´écrit : « canal lombaire étroit » « traitement médical ». Elle affiche 152 liens (le 22 janvier 2006). Sur les 10 premiers, 2 seulement sont des articles de journaux en adéquation avec la requête, mais ils sont anciens (1990 et 1997).
Google peut être interrogé en anglais : « lumbar spinal stenosis » therapy-surgery (recherche des documents sur le traitement du canal lombaire étroit, à l´exception du traitement chirurgical). Cette requête affiche 31 900 liens (le 22 janvier 2006). Sur les 10 premiers, 2 sont des liens avec des notices de PubMed en adéquation avec la requête. Les autres sont soit des documents destinés aux patients, soit des liens non adéquats.
Dans PubMed, l´équation s´écrit : (spinal stenosis/drug therapy [mh] OR spinal stenosis/rehabilitation [mh]) AND review [pt]
Elle fournit 12 notices. Sur les 7 plus récentes (2003-2005), 6 sont en adéquation avec la requête, mais aucun des articles correspondant à ces notices n´est en libre accès.
Google Scholar et l´impact factor
Vous cherchez à savoir quelles peuvent être les causes des coccygodynies non traumatiques (c´est une des questions posées dans l´article déjà cité).
Dans PubMed, l´équation s´écrit : coccyx [mh] AND pain/etiology [mh]. Elle affiche 44 notices. Trois sont en libre accès dont une est en parfaite adéquation avec la requête (coccydynia : aetiology and treatment) mais très ancienne (1991).
Comme vous n´êtes pas très satisfait de votre résultat, vous sollicitez Google Scholar dont une des particularités est d´indiquer le nombre de fois où un article est cité par d´autres articles, ce qui peut vous aider à consulter tel document plutôt que tel autre.
Dans Google Scholar, l´équation s´écrit : (coccygodynia OR coccydynia) etiology. Elle affiche 127 liens (le 22 janvier 2006). Parmi les 10 premiers, 3 obtiennent un bon score de citations dont un retient plus particulièrement l´attention : « Causes and mechanism of common coccygodynia : rôle of body mass index and coccygeal trauma ». Cet article est cité par 7 autres articles dont un de 35 pages daté de 2004 et intitulé : « les bases indispensables à la prise en charge du coccyx douloureux ». Les causes des coccygodynies y sont développées.
Le « camembert » du NEJM est une incitation à la facilité : la sollicitation quasi systématique de Google. Pour le praticien français, c´est loin d´être la seule stratégie de recherche d´articles.
Le titre de l´article est connu
Google est l´outil de choix (simplicité d´utilisation et économie de clics).
Le thème des articles recherchés est bien défini
PubMed (MEDLINE) a l´avantage de la précision (le nombre d´articles en adéquation avec la requête est élevé).
Article@inist (fonds documentaire de l´Inist) a l´avantage d´avoir une interface en français.
Google Scholar est éventuellement sollicité dans les 2 cas
Son avantage est d´indiquer le nombre de fois où un article donné est cité par d´autres articles. Il est le seul à avoir cette propriété, particulièrement précieuse dans certains cas.
Références
1. Steinbrook R. Searching for the right search-reaching the medical literature. N Engl J Med 2006;354:4-7.
2. Giustini D. How Google is changing medicine.BMJ 2005;331:1487-8.
3. Alper BS, Stevermer JJ, White DS, Ewigman BG. Answering family physicians´ clinical questions using electronic medical databases. J Fam Pract 2001;50:960-5.