Quelques repères pour la recherche documentaire en médecine

Source: REVUE DU PRATICIEN MEDECINE GENERALE
Auteur: Philippe Eveillard
Article paru le : 26 Mai 2003

La désaffection des médecins pour la recherche des documents médicaux sur la Toile n´est pas une surprise. La Toile n´a pas transformé, du jour au lendemain, les praticiens en rats de bibliothèque. En outre, les outils de recherche comme Google ou Copernic continuent de faire des adeptes malgré leurs médiocres performances en médecine. Enfin, les stratégies de recherche sont laissées à l´initiative des médecins faute d´être développées dans la presse médicale (exsangue sur le sujet, à l´exception de cette rubrique). J´ai donc « remis cent sous dans la machine » pour ces repères qui se veulent pédagogiques, incitatifs et partisans.

La requête du médecin

Le médecin rat de bibliothèque est une espèce en voie de disparition. Aujourd´hui, l´exercice libéral de la médecine générale est difficilement compatible avec la moindre errance dans les travées des bibliothèques universitaires. Ainsi, le médecin n´a plus la disposition d´esprit qui conduit à formuler une requête, feuilleter un catalogue ou interroger une banque de données. D´ailleurs, pourquoi voudrait-il la recouvrer quand le robot Google lui affiche en quelques dizaines de secondes les résultats d´une requête qui ne lui a demandé aucun effort de conceptualisation ? Qu´il soit déçu par ce qui lui est proposé est une autre affaire. Son opinion est faite : la Toile ne renferme aucun document médical qui corresponde à ses besoins.

> Avant de solliciter un outil de recherche, le médecin doit s´interroger sur l´objet et le motif de sa requête (qu´est-ce que je cherche et dans quel but ?).
Deux exemples:

– Je souhaite actualiser mes connaissances sur le diagnostic étiologique des diarrhées chroniques parce que je viens de passer à côté d´une cause médicamenteuse.
J´interroge CISMeF (le 17 mai 2003) par l´intermédiaire du module de recherche avancée (diarrhée dans la fenêtre « mots clés MeSH » ; diagnostic dans le menu déroulant des qualificatifs ; maladie chronique dans la fenêtre « tous les champs »). Résultat : 3 documents dont le premier (Orientation diagnostique devant une diarrhée chronique – Faculté de médecine de Reims) répond parfaitement à la demande avec notamment un tableau sur les médicaments responsables de diarrhée chronique.

– Je souhaite connaître le « meilleur » traitement des diarrhées chroniques liées à une colite collagène parce qu´un de mes patients souffre de cette affection et n´est pas amélioré par les médicaments qui lui ont été prescrits.
L´exploration de CISMeF ne fournit pas de données sur la colite collagène. Les liens affichés dans la première page de résultats de Google (« colite collagène » traitement) ne conduisent pas à une information sur le traitement de la maladie. Seul, article@inist propose, à l´entrée de colite collagene <AND> traitement un article de la revue Médecine et Hygiène dans le résumé duquel figure la mention : « le budésonide est le traitement de première intention de la colite collagène ».

C´est finalement MEDLINE qui fournit la réponse la plus satisfaisante. Dans la fenêtre de PubMed est entrée l´équation : colitis/drug therapy [mh] AND collagenous colitis [tw]. Cette équation fournit 79 notices (le 17 mai 2003). Une des plus récentes (Interventions for treating collagenous colitis) provient de la bibliothèque Cochrane et compare l´efficacité des différents traitements de la colite collagène. D´après la « revue méthodique » de la bibliothèque Cochrane, le budésonide est le traitement de choix.


Les performances des outils de recherche

Les outils de recherche sont tellement hétéroclites qu´aucune classification ne peut rendre compte de leur diversité de langage, de syntaxe et de champ d´exploration.

Si l´on s´attache à leur mode de fonctionnement, il convient de distinguer les répertoires (ou catalogues), les moteurs de recherche et les métamoteurs.

Si l´on veut les différencier selon leur langage d´indexation, on est amené à distinguer les outils MeSH dépendants et les outils non-MeSH dépendants. C´est probablement la distinction la plus pertinente.

Enfin, il est possible de prendre en compte leur champ d´exploration et de faire la part de ce qui revient à la Toile visible (accessible par les outils de recherche classique) et de ce qui appartient à la Toile invisible (les banques de données et leurs interfaces de recherche spécifiques).

Quatre outils sont pris en exemple de cette diversité. Leurs caractéristiques sont rassemblées dans le tableau. Leurs performances sont représentées sur le schéma.


Les stratégies

Entre « trouver la liste actualisée des médicaments responsables d´une diarrhée chronique » et « décider de la prescription à faire pour un patient souffrant d´une maladie invalidante », il y a une différence d´objectif et donc de stratégie à développer.

> Dans le premier cas, il s´agit de récupérer une simple « information médicale ». La Toile médicale visible en héberge plusieurs dizaines de millions (l´interrogation de Google avec le mot « medicine » affiche 20 millions de liens). Il est hautement probable que l´information médicale recherchée est dans cet espace visible.

La démarche prioritaire consiste à solliciter CISMeF parce que :
– le « catalogue des sites médicaux francophones » a déjà fait le tri parmi les documents médicaux en langue française

– les réponses qu´il donne sont toujours en adéquation avec la demande (en raison de son mode d´indexation).

Si CISMeF est en échec, force est de se rabattre sur Google en essayant de formuler la requête de façon très précise pour limiter le « bruit » (le nombre de réponses inadéquates) et éviter le tri fastidieux qui s´en-suit. Les inconditionnels de Google sont passés maîtres dans l´exploitation de cet outil.

> Dans le second cas, le médecin est amené à prendre une décision qui l´engage vis-à-vis de son patient. Pour cela il doit s´appuyer sur des preuves tangibles issues de certains articles médicaux (revues méthodiques, méta-analyses, essais cliniques contrôlés…).

La recherche de ces articles est simplifiée si l´on s´adresse à une banque de données bibliographiques.

La première banque de données à solliciter est le fonds documentaire de l´Inist (parce que ce fonds peut être interrogé en français et en langage courant). En contrepartie, il a deux gros défauts :
– il fournit des réponses qui ne sont pas toujours en parfaite adéquation avec la demande (c´est inhérent à son mode d´indexation)

– il n´explore que très imparfaitement l´espace bibliographique anglophone quand on l´interroge en français.

Finalement, le recours à la banque de données MEDLINE est le plus souvent nécessaire. Les qualités de l´interface PubMed permettent d´obtenir les documents recherchés, mais ce ne sont que des notices…

En effet, l´inconvénient majeur de ces banques de données bibliographiques (aussi bien MEDLINE que article@inist) est qu´elles ne fournissent pas les documents dans leur intégralité (à moins de « payer pour voir »). On peut espérer que les pressions exercées par Budapest Open Access Initiative et Public Library of Science faciliteront le déblocage de cette situation.

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