Source: REVUE DU PRATICIEN MEDECINE GENERALE
Auteur: Philippe Eveillard
Article paru le : 6 Décembre 2004
Se précipiter sur la première fenêtre venue pour y jeter des mots clés à la volée n´est peut-être pas la meilleure façon d´interroger les espaces médicaux de la Toile. Même les médecins qui maîtrisent parfaitement la recherche documentaire ne se hasardent pas à adopter un tel comportement. La stratégie habituelle est une démarche pas à pas qui conduit l´internaute jusqu´à l´entrée des mots clés dans la fenêtre d´interrogation. C´est tout ce qui se passe avant cette « entrée » qui constitue le thème de la rubrique d´aujourd´hui. Il y est question de « mots », de « formulation » et de « sélec-tion ». En un mot des « préliminaires » à la sollicitation de l´outil.
Il n´est pas rare que l´internaute ait déjà entré les 3 mots qui lui viennent instantanément à l´esprit avant d´avoir réfléchi à sa requête. Comment, en effet, résister à des fenêtres vides qui ne demandent qu´à être remplies avec l´assurance d´un résultat « à tout coup » (Google) ? Mais, c´est souvent un coup pour rien (ou un coup d´épée dans l´eau).
Quels sont les mots qui expriment ma recherche ?
Écrire sur une feuille de papier les mots qui « tournent autour » de la recherche est toujours un exercice payant. Certains mots en appellent d´autres, synonymes ou non. Une fois la liste des mots clés et « mots apparentés » dressée, il reste à éliminer ceux qui, à la réflexion, paraissent trop éloignés du sujet.
Quel type d´information est recherchée ?
Il n´est pas rare que l´information soit (en partie) connue. Exemple : je cherche l´adresse de l´Institut national de recherche et de sécurité (je connais le nom du site). Autre exemple : je cherche la recommandation publiée par l´Anaes sur le trouble anxieux généralisé (je connais le site et le titre de la recommandation).
L´information peut être très générale (je cherche des documents sur le diagnostic de la maladie de Parkinson) ou, à l´inverse, très ciblée (je cherche des documents sur le retentissement des corticoïdes inhalés sur la croissance dans le traitement de l´asthme de l´enfant). Les outils sollicités ne sont pas les mêmes dans ces deux types d´information.
Quelles sont les limites que je fixe à ma recherche ?
La 1re limite est une limite de temps. Elle est étroitement dépendante de l´étendue du champ de la requête. Si la recherche se rapproche de l´exhaustivité, il faut prévoir du temps pour la formulation (nombreux synonymes reliés aux mots clés par l´opérateur booléen OR) et pour le tri. À l´inverse, une recherche « précise » demande moins de temps aussi bien pour la formulation (les mots clés sont reliés entre eux par AND) que pour le tri (réduit si la requête est réellement « précise »).
Exemples de recherche :
Quel est le taux de survie d´un arrêt cardiorespiratoire selon que le témoin de la scène pratique un massage cardiaque externe ou un massage cardiaque externe et un bouche à bouche ?
Dans Google, l´équation de recherche à visée exhaustive s´écrit :
Survie (arrêt cardiaque OR arrêt cardiorespiratoire) (témoin OR témoins OR intervenant OR intervenants) réanimation
Elle affiche 52 liens (le 25 novembre 2004).
Dans Google, l´équation de recherche à visée « précise » s´écrit :
"arrêt cardiorespiratoire" "taux de survie" "bouche à bouche" "massage cardiaque externe"
Elle affiche 4 liens (le 25 novembre 2004) dont les 2 premiers répondent parfaitement à la requête.
Les autres limites concernent la requête elle-même. Elles sont en rapport avec les dates, la langue de publication, le type de publication ou le titre même de la publication.
Le premier « pas » consiste à rédiger une phrase qui reprend les mots précédemment sélectionnés (voir « quels sont les mots qui expriment ma
recherche ? »).
Exemple :
Je cherche à répondre à la question : « dans le traitement de l´asthme de l´adulte, un meilleur contrôle de la maladie est-il obtenu par les bêta-2-mimétiques à longue durée d´action ou par ceux à courte durée d´action ? ».
Le 2e pas consiste à découper cette phrase en ses principaux constituants et à écarter les mots inutiles.
On retient ainsi les mots asthme, adulte, contrôle, bêta-2-mimétiques, longue durée d´action et courte durée d´action. Les mots traitement et maladie sont écartés (le mot traitement car la relation asthme – bêta-2-mimétiques implique la notion de traitement).
Le 3e « pas » est fait quand vous avez hiérarchisé les mots clés. Certains sont majeurs (ou prioritaires), d´autres sont mineurs (ou secondaires). Asthme, bêta-2-mimétiques, longue durée d´action et courte durée d´action sont majeurs. Contrôle et adulte peuvent être considérés comme mineurs.
Dans MEDLINE, l´équation s´écrit :
Asthma [mh] AND Adrenergic beta-Agonists [mh] AND long acting [ti] AND short acting [ti]
Elle fournit 5 notices (25 novembre 2004) dont :
Walters EH, Walters JA, Gibson PW.
Regular treatment with long acting beta agonists versus daily regular treatment with short acting beta agonists in adults and children with stable asthma.
Cochrane Database Syst Rev. 2002;(4):CD003901.
Dans Google, l´équation s´écrit :
asthme "bêta-2-mimétiques" "longue durée d´action" "courte durée d´action"
Elle fournit 48 liens (25 novembre 2004) dont aucun des dix premiers (première page) n´apporte une réponse à la question.
La démarche fait appel au principe de l´entonnoir .
En haut de l´entonnoir se trouvent les 2 types de Toile : la Toile visible et la Toile invisible.
La Toile visible, Google dépendante (elle rassemble tous les documents qui répondent aux sollicitations des moteurs de recherche), est l´espace à interroger pour les 3 types d´information (connue, générale et ciblée).
La Toile invisible, banque de données dépendante, est l´espace à interroger dès qu´il s´agit d´appuyer une décision médicale sur des « données probantes ». Les filtres « Evidence-Based Medicine » de PubMed sont, dans ce cas, volontiers sollicités.
À l´étage en dessous se fait la sélection du type d´outils.
Tout est simple pour la Toile invisible puisqu´il n´existe qu´un seul type d´outils : les interfaces d´interrogation des banques de données (bibliographiques le plus souvent).
Pour interroger la Toile visible, trois types d´outils sont à votre disposition :
– les répertoires (type CISMeF ou Open Directory Project) dont les index sont établis par des documentalistes professionnels et qui sont les outils de choix pour la recherche d´une information générale ;
– les moteurs de recherche (type Google ou Alltheweb), fabriqués par des robots, dont les index géants sont cons-titués de « tous les mots de toutes les pages » et qui rendent service dans la recherche des informations ciblées,
sous réserve d´employer un langage très « médicalisé » ;
– les métamoteurs qui interrogent simultanément plusieurs moteurs de recherche et qu´il est préférable d´oublier (car trop « bruyants »), sauf si vous souhaitez solliciter ceux qui sont spécifiquement médicaux comme TRIP Database ou SUM search.
L´entonnoir se termine par l´outil sélectionné, celui qui va être sollicité, celui dans lequel est entrée l´équation de recherche. Les choix sont limités :
– si c´est une interface de banque de données, PubMed (pour MEDLINE) et article@inist (pour le fonds documentaire de l´Inist) sont les deux outils les plus fréquemment utilisés ;
– si c´est un répertoire, CISMeF fait figure de référence dans l´espace médical francophone, DDRT (Disease, Disorders and Related Topics) dans l´espace médical anglophone et l´Open Directory Project (l´annuaire de Google) dans les espaces médicaux et non médicaux.
– si c´est un moteur de recherche, Google et Alltheweb rassemblent la majorité des suffrages des internautes.
Il est rare d´évoquer les « préliminaires » de l´entrée d´une équation dans le fenêtre d´interrogation d´un outil de recherche. À tort, car de la réflexion sur l´objet de la recherche, de la formulation de la requête et de la sélection de l´outil le plus adéquat dépendent largement les résultats de la recherche.